Une histoire d’Amour en temps réel

Scène 1 (en Chine)

Notre progression en tricycle, en deux mots, nous pourrions dire que c’était génial et dur.

Génial. De vivre à nouveau au « grand air », d’avoir pu continuer de progresser par nos propres moyens, d’avoir repris contact avec notre tente et profité de la chaleur des feux de camps, d’avoir rencontré des gens interloqués par notre présence dans ces contrées reculées (des blancs sur des vieux vélos normalement utilisés par des marchands de fruits et légumes !! on ne compte pas le nombre de fois où l’on nous a pris en photo !) et tout simplement d’avoir pu continuer à longer l’Amour.

Dur. Physiquement, du fait de nos montures peu adaptées, la tâche n’a pas été facile. Nous embarquions chacun 30-40 Kg de bagages sur des vélos qui pesaient à eux seuls plus de 35 Kg. Mais cela n’aurait été qu’un détail si les vélos avaient été à notre taille : les chinois sont plus petits que les européens, ce n’est pas une légende. Ni l’un ni l’autre ne pouvions déplier toute la jambe pour pédaler. Quant aux changements de vitesses, cette option n’était malheureusement pas présente sur nos engins ! Et pour parfaire le tableau, les régions traversées étaient plus montagneuses que nous l’avions imaginé… les machines humaines ont été mises à rude épreuve !
Et puis, dur mentalement… Avant même le départ, nous savions que nous ne pourrions pas nous rendre jusqu’à Fuyuan avec ces vieux engins dans le temps qui nous était imparti par les gardes frontières. Très frustrant de se dire que le voyage serait amputé avant même d’avoir commencé…

Mais dans ce voyage, rien ne se passe comme prévu !
Finalement, ce sont des douleurs de genoux qui ont eu raison de nous. Très énervant. Oui très énervant de devoir prendre la décision raisonnable d’arrêter. Mais on n’a qu’une paire de genoux pour des dizaines d’années… et nous sommes déjà trop vieux pour n’écouter que nos envies immédiates.
Le bus fut notre compagnon de voyage jusqu’à Fuyuan.
Quant à nos regrettées montures, les tricyclettes, nous sommes consolés lorsque l’on songe à leur nouvelle vie.
Celui de Cécile a été donné à une vielle dame sans le sou qui se remettait mal d’une jambe cassée et qui par conséquent avait des difficultés à se rendre jusqu’aux magasins pour faire ses courses.
Quant à celui de David, il est désormais entre les mains du père d’une chinoise anglophone rencontrée peu de temps avant. Il servira à transporter le bois de chauffage nécessaire à la famille.

Scène 2 (quelque part dans nos têtes)

Nous attendions avec impatience cette partie vélo pour nous retrouver tous les deux, avec la possibilité de prendre du temps pour méditer, discuter sans pression extérieure de devoir progresser au plus vite (comme nous l’avions vécue en canoë). Réalité bien différente…

L’envie et le besoin de progresser qui demande de l’énergie auxquels on peut ajouter la fatigue due au froid et aux tâches quotidiennes ne laissaient que peu d’espace à la divagation de nos esprits.
Le froid a progressivement montré plus de mordant, certaines nuits nous faisant le cadeau de températures comprises entre -10°C et -15°C. Tout est plus long et éprouvant lorsqu’il gèle. Nul besoin qu’il fasse -40, mais juste en dessous de zéro pour que tout soit bien gelé : la tente, l’eau, nos doigts tout à coup gauches, si bien qu’il nous fallait en général trois heures le matin afin de « plier » le camp, préparer le petit déjeuner et l’eau chaude nécessaire aux besoins de la journée ; et tout autant le soir afin de s’installer et manger.
Autant dire que Morphée nous enlaçait rapidement une fois nos corps glissés sous la tente…

Alors, oui, quel voyage fantastique, surprenant, rebondissant ! Et pourtant, il lui manquait quand même quelque chose d’important… Une des pierres d’angles de cette aventure. Celle de la retraite.
Et si cette retraite nous n’avons pas pu l’avoir pendant cette partie tricyclette, nous ne voyions pas vraiment comment cela pourrait être différent à vélo sur les routes russes défoncées alors que l’hiver s’installerait.
Il fallait choisir entre vélo et retraite.

Scène 3 – Extraits – (en Russie)

Après une vingtaine de jours passés en Chine, nous nous retrouvions à nouveau au pays de la pomme de terre et de l’un de ses dérivés ; la vodka.
Nous avons passé la frontière de Fuyuan (Chine) – Khabarovsk (Russie) le 27 octobre dernier, date limite fixée par les autorités Sino-russes pour pouvoir transiter avant l’hiver.
Un voyage d’une heure en hydrofoil sur l’Amour nous a permis de relier les deux rives, et au passage « ramasser » trois heures de décalage horaire… Un record pour une distance si courte !! Finis les couchers de soleil à 15h30.

A Khabarovsk, ville plutôt romantique avec ses collines, son tramway et si l’on oublie  les vieux bâtiments rongés par de nombreux hivers rigoureux, nous nous sommes rendus à la gare prendre un aller simple pour Komsomolsk-Na-Amure.
C’était décidé, nous allions parcourir le fleuve Amour jusqu’au bout ! Et nous n’allions pas enterrer l’esprit de notre aventure.

Train, attente, bus, attente, petit bus, attente, bus, marche à pied : nous sommes arrivés à l’embouchure de l’Amour !
5 jours de voyage plus tard, plus loin que Nikolaievsk-Na-Amure, nous étions là où l’Amour se confond avec le détroit de Tartarie, là où l’on aperçoit la vaporeuse île de Sakhaline.
Comme un songe…

Plus le temps de s’apesantir, dans 5 minutes nous sautons dans le Transsibérien. Direction la taïga. Trois semaines dans une isba isolée au bord d’un petit lac, pour enfin trouver le temps nécessaire à la digestion de toutes ces expériences, à la réflexion de celles à venir… et à la confection de blinis au feu de bois !

Quant à la suite du périple, il s’est redessiné et a été adopté à l’unanimité par notre équipe pour le plus grand plaisir de tous !

Pour illustrer ces 20 jours de tricyclette, voici une sélection de photos triées sur le volet.

 

David qui répare sans cesse nos vieux clousDavid qui répare sans cesse nos vieux clous

Pause casse-croutePause casse-croute au soleil

Route ondulée - la Chine c'est pas toujours platRoute ondulée : la Chine c’est pas toujours plat…

Le couple à qui on a donné le vélo de CécileLe couple à qui on a donné le vélo de Cécile

 

tous autour de la table  famille à qui on a donné le vélo de DavidTous autour de la table :  famille à qui on a donné le vélo de David

Les grues et la glace - Nikolaievsk et l'Amour qui commence à gelerLes grues et la glace ; Nikolaievsk et l’Amour qui commence à geler

Notre tente - bivouac sous la pleine lune au bord de l'AmourNotre tente ; bivouac sous la pleine lune au bord de l’Amour

Arbres + route forestière - après 7km de marche à travers la forêt nous arrivons enfin à l'embouchure du fleuveArbres + route forestière – après 7km de marche à travers la forêt nous arrivons enfin à l’embouchure du fleuve

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